Pour le cabinet de conseil Bearing Point, l'essor de l'agriculture en Afrique (30% du PIB du continent), notamment  la transformation des filières agricoles vivrières, passera par l'économie des plateformes, selon une étude qui vient d'être publiée, "Le nouvel or vert de l'Afrique, L'alliance gagnante du digital et de l'agriculture"

Jean-Michel Huet, associé chargé du développement international et de l’Afrique, part de quelques constats. L’Afrique, le continent le plus faiblement responsable du changement climatique mais le plus exposé, verra ses rendements agricoles décroître de 20% si les températures augmentent de deux degrés. "Pourtant, l’Afrique possède deux grands atouts : une pluviométrie et des températures propices, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’en Afrique australe, et en particulier sur l’ensemble de la zone aux langues bantoues, ainsi que d’importantes façades maritimes et une grande variété de territoires agricoles, pastoraux et halieutiques, permettant à la fois l’élevage, l’agriculture, l’agroforesterie, la pêche ou la pisciculture", souligne l'étude.

Les leviers des nouvelles technologies

"Il faut", souligne le cabinet de conseil, "maintenir un mode d’agriculture à faible impact environnemental, non plus uniquement en limitant l’utilisation des pesticides ou des méthodes agricoles intensives, mais aussi grâce aux leviers que proposent dès aujourd’hui les nouvelles technologies."

Ces nouvelles technologies sévissent déjà sur le continent. Et l'étude de citer le procédé d’analyse de l’AfSIS qui se base sur l’imagerie satellite et la spectroscopie par infrarouge, "dont l’un des découvreurs est nigérien", mais à quoi il faut ajouter le drone car le niveau de précision de l’imagerie satellite est à 250 mètres près, alors que le drone "en survolant les champs, permet d’amasser des données beaucoup plus précises." Quant à l’IoT (Internet of Thing), Jean-Michel Huet évoque la jeune entreprise nigériane d’agriculture de précision Zenvus qui a développé des capteurs électroniques que l’on plante dans les sols pour mesurer et analyser des données comme la température, les nutriments ou la densité des matières organiques composant l’humus, mais aussi SunCulture, au Kenya qui a rendu l’irrigation abordable grâce à ses kits d’irrigation goutte à goutte utilisant l’énergie solaire, ou encore, au Nigeria, Hello Tractor qui permet aux agriculteurs d’entrer en contact avec les propriétaires de tracteurs et de les louer , ou Sooretul, site sénégalais de vente en ligne de produits issus de l’agriculture et transformés localement par des communautés de femmes .

Créer un premier lien formel entre agriculteurs et transformateurs

Mais, "Face au digital, le problème majeur que rencontrent nombre de bailleurs de fonds et organismes d’aide internationaux pour accompagner les petits agriculteurs familiaux réside dans leur méconnaissance de ce qu’ils sont, d’où ils se trouvent, ce qu’ils produisent réellement et ce dont ils auraient besoin pour que leur situation s’améliore."

"Il faut plutôt privilégier des projets permettant de créer le premier lien formel entre les petits agriculteurs familiaux et les premiers transformateurs de la chaîne de valeur des cultures qu’ils exploitent, qu’elles soient céréalières, maraîchères, d’élevage, de subsistance, etc . C’est par le recensement et l’organisation de la mise sur le marché formel des productions familiales que toutes les chaînes de valeurs agricoles africaines pourront être structurées et enrichies." D'où l'intérêt de la mise en place de système de "plateforme".

Il en existe, bien entendu, comme AgroSpaces au Cameroun,  M-Farm au Kenya qui permet aux agriculteurs de contrer le pouvoir des intermédiaires, 2KUZE qui relie agriculteurs et acheteurs via une solution de mobile money au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, ou encore ICT4DEV en Côte d'Ivoire qui travaille avec plus de 150 coopératives, rassemblant 40 000 agriculteurs .

"ICT4DEV propose notamment un portail web de formation et d’information dédié aux acteurs du monde agricole ; un marché virtuel d’échange entre vendeurs (coopératives, grossistes) et clients sur lequel on peut publier ou consulter les offres et demandes du marché via mobile ou canal USSD ; un service SMS pour consulter les prix de vente des produits et les tendances de prix en temps réel ; une application SMS et vocale (en français et en langues locales) de conseils et d’informations agricoles pour différents types de culture."

 

Mettre les petits agriculteurs au cœur du dispositif

Mais, souligne l'étude, on peut aller plus loin encore  avec les plateformes digitales. "Cette démarche généralisée à une filière complète met les petits agriculteurs au cœur du dispositif." Selon les projections de BearingPoint, "en appliquant le modèle de plateforme pour les productions vivrières sur toute l’Afrique à horizon 2050, l’agriculture pourrait devenir le nouvel or vert, avec presque € 400 milliards de contribution au PIB africain, loin devant la contribution au PIB du pétrole actuellement à € 280 milliards pour un baril à € 80 ."

Et le cabinet de conseil de décliner les critères auxquels doivent remplir la plateforme pour assurer son succès. Parmi ceux-ci, il s'agit d'accompagner, de conseiller et de former les petits agriculteurs et les transformateurs, elle doit être rentable et représenter une opportunité économique pour l’opérateur qui en assurera l’investissement et la gestion, elle doit proposer une application digitale extrêmement simple à utiliser par les premiers maillons de la chaîne de valeur (agriculteurs, chefs de villages, chefs de coopérative, collecteurs, premiers transformateurs, …). "Cette application doit même être développée de telle sorte qu’elle n’ait pas à être utilisée par les agriculteurs familiaux eux-mêmes, même s’ils peuvent en bénéficier indirectement au travers des informations qui leur sont transmises depuis cette application via leur utilisateur, comme les conseillers agricoles."

Surtout, "le modèle d’économie de plateforme dans l’agriculture vivrière ne peut fonctionner que s’il permet de faire remonter des données suffisamment nombreuses pour être exploitées par l’opérateur de la plateforme, les conseillers agricoles, l’Etat et le secteur privé."

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