La filière lait local au Sénégal: une richesse mal exploitée


Le lait est l’une des denrées les plus consommées au Sénégal. Ce produit  est utilisé sous sa forme poudre, liquide ou caillée. La filière lait local présente un fort potentiel  avec un cheptel important et un secteur de la transformation dynamique. Malgré la demande, elle  souffre toutefois de son incapacité à s’imposer sur le marché national, laissant la porte ouverte à l’importation des produits laitiers. Ce qui rend difficile sa compétitivité. Face à cette situation qui n’arrange guère les producteurs de lait local qui ne cessent de dénoncer une concurrence «déloyale», l’Etat est en train de mettre en place une politique pour la promotion de la filière lait au Sénégal. Ainsi le ministère de l’Elevage a initié un projet de développement de la filière laitière qui vise à améliorer la production laitière nationale et la productivité des animaux pour la production de lait à travers l’importation des animaux à haut potentiel laitier.

 

Le Sénégal a un besoin très important  de produits laitiers compte tenu du fait que la population est en train de croitre et du pouvoir d’achat des Sénégalais qui s’améliore progressivement. du coup, les  consommateurs ont besoin de plus de lait et de lait de bonne qualité. D’où la nécessité de développer la production locale qui  souffre de son incapacité à s’imposer sur le marché national face au lait en poudre  importé.
 

« Actuellement, le déficit du besoin local en lait est couvert par les importations de lait. Ces importations impactent négativement sur la balance commerciale. Ce qui fait que le Sénégal envoie plus de 60 millions à l’extérieur pour acheter du lait », a indiqué Dr El Hadji Dramé, président du Collège  national des producteurs laitiers du Sénégal. Selon lui, la tendance peut être renversée en travaillant pour le développement de la filière lait local car le potentiel existe. « Le potentiel est là pour satisfaire tous les besoins en lait du Sénégal par la production locale. Ce potentiel, ce sont les animaux. Nous avons 3 millions de bovins au Sénégal et 8 millions de petits ruminants. Si on exploite ça par la main d’œuvre. La main œuvre existe parce que les jeunes sont en train d’être formés dans les universités et centres de formation. Mais ce potentiel, il faut l’exploiter en levant certaines contraintes. La principale contrainte, c’est le manque d’organisation et de structuration de la filière. Avec la mise en place de l’Interprofessionnelle, je pense que cela sera bientôt un vieux souvenir », espère-t-il.
 
A cela s’ajoutent des contraintes liées à la santé animale. « Il y a beaucoup de docteurs vétérinaires au Sénégal, un bon service d’encadrement au niveau de tous les départements. Cela pourrait être bien maitrisé. Il y a aussi le problème de l’alimentation  des vaches. A côté, l’Etat et les acteurs même s’investissent dans l’amélioration génétique en utilisant les semences améliorées venant d’autres pays qui permettent d’améliorer la production laitière. Si on améliore la santé,  l’alimentation du bétail et si les éleveurs sont bien organisés, je pense que l’augmentation de la production suivra », préconise le Dr Dramé.
 
L’EXISTANT NON VALORISE
 
La plus grande partie de notre système de production est basée sur la mobilité des animaux. Ce qui fait que les vaches donnent plus de lait en saison des pluies qu’en saison sèche. « Nous avons une production saisonnière. Pendant la saison des pluies, on a beaucoup de lait, mais on n’arrive pas à valoriser l’existant. Durant la saison sèche, on n’a pas assez de lait.  En saison sèche, on voit que la vache produit entre 0,5 et 2 litres par jour alors qu’en saison des pluies, on a 3 jusqu’à 4 litres de lait par vache. Ce qui fait qu’on n’a pas assez de lait pour couvrir la demande nationale. Mais cela ne veut pas dire qu’on devrait importer tout le restant de lait à base végétale de l’Europe vers l’Afrique. Il faut que nous travaillions pour développer notre production », a soutenu le président du comité ad hoc de l’interprofession lait local du Sénégal. Selon lui, le Sénégal n’arrive pas jusqu’à présent à dégager des mécanismes qui  permettent de stabiliser nos vaches, de les nourrir et de produire assez  de lait.
 
Toutefois, il faut reconnaitre que la production de lait s’est améliorée entre 2012 et 2020. Selon Dr Dramé, cela est dû aux  actions liées à l’insémination artificielle et à l’exploitation des vaches laitières de races pures importées ces dernières années au Sénégal. «  Cette production, une fois améliorée, doit être valorisée pour qu’elle arrive sur le marché dans de bonnes conditions. Pour cela, il faudra qu’on mette en place un système de collecte et de transformation dans tous les bassins laitiers », indique-t-il.
 
AUTOSUFFISANCE EN LAIT : L’ESPOIR EST PERMIS
 
M Dramé pense que le Sénégal peut être autosuffisant en lait. Selon lui, si l’Etat accompagne les producteurs qui s’organisent à leur tour, cette autosuffisance sera une réalité. « Le Sénégal a besoin de 300 millions de litres de lait. Il produit aujourd’hui 220 millions de litres de lait. Les 60% sont produits par l’élevage local, les 40% peuvent être assurés par les races laitières c’est-à-dire de permettre aux vaches de produire 10 litres de lait par jour en faisant un peu d’insémination artificielle dans notre cheptel pour produire 100 mille métisses. Si chacune de ces 100 mille métisses donne 3000 mille litres  de lait par an, cela nous fait 300 millions de litres. C’est un objectif qui est bien réalisable dans ce pays », fait-il savoir.
 
Une idée que conforte Ousmane Ndiaye, président du comité ad hoc de l’interprofessionnelle laitière du Sénégal. Selon lui, le Sénégal ne peut pas dépendre de la pluie pour alimenter son  cheptel. « Il faudra d’abord qu’on arrive à mettre en place  des cultures fourragères, emblaver de vastes hectares pour produire des fourrages et alimenter le cheptel. Ensuite, mettre en place des mini-fermes un peu partout dans le pays. Nos races locales ont une faiblesse génétique. Donc, elles ne produisent pas beaucoup de lait.  Cela va non seulement booster la production mais permettre à notre lait d’être beaucoup plus compétitif au niveau du marché national », propose-t-il.­­
 
L’IMPORTATION DE LAIT EN POUDRE :Un frein à la promotion de la production locale
 
Les importations de lait sont en train d’impacter négativement sur la production locale. D’ailleurs, le Sénégal est classé 2ème pays importateur de lait en Afrique de l’Ouest derrière le Nigéria. Ousmane Ndiaye, président du comité ad hoc de l’interprofessionnelle laitière du Sénégal, dira ainsi : « Au niveau international, la filière lait est handicapée par la politique agricole commune de l’Union Européenne qui  est le premier exportateur de produits agricoles dans le monde et le premier exportateur de denrées alimentaires dans le monde et en particulier au Sénégal. Après la levée des quotas, l’Union Européenne a prévu de passer de 450 mille tonnes de lait  à 650  tonnes.

Sur  cette  production, tout ce qui est matière grasse est transformée en beurre ou en fromage parce qu’il y a une forte demande  au niveau Européen. Maintenant le reste, ce que l’on appelle le lait écrémé est exporté en Afrique subsaharienne et le Sénégal est l’un des pays importateurs de lait avec le Nigéria. Ce qui rend  difficile les choses, car le  lait  local risque de ne pas être compétitif sur le marché. « L’éleveur qui est en Europe et qui est subventionné peut venir vendre le lait engraissé en dessous de son coût de revient. A cela s’ajoutent des accords de partenariat. Il y a un projet Ape régional qui a été ratifié par les Etats de la Cedeao, sauf le Nigeria. Ainsi ils vont amener leurs produits qui ne sont pas dédouanés à 100%. L’Etat perd des recettes et cela va tuer lentement la filière lait local », a-t-il déploré.
 
DR KEBE TAMBA, NUTRITIONNISTE : «Le lait n’est pas un aliment recommandé»
 
«Aujourd’hui on démontre que les vertus du lait  ne sont pas des vertus qui sont proposées à l’humain. Déjà il y a une différence énorme par rapport à la qualité, à la composition du lait de vache et du lait maternel, par apport à ce qu’on appelle les facteurs de croissance. C’est à dire dans la composition du lait maternel, il y a tout ce dont l’enfant a besoin pour croître. C’est pourquoi le nouveau-né pendant 6 mois ne prend presque aucun autre aliment .Parce que le lait  maternel est censé obtenir tous les besoins nutritionnels et les facteurs de croissance qui permettent à l’enfant de grandir. Si vous regardez bien au bout de 1 an, chez l’humain, l’enfant malgré une force croissance ne peut pas dépasser des fois 10 kilos. Par contre, si vous prenez le lait de vache destiné au petit veau et dans lequel nous avons tous les facteurs de croissance, au bout d’un an, le veau pèse  entre 150 à 200 kilos. La croissance aussi dépasse 1 mètre de taille. Ca veut dire  que dans le lait de vache, il y a des facteurs de croissance qui ne sont pas adaptés à l’humain .La deuxième chose aussi, c’est que le lait est  inflammatoire, ça veut dire que quand vous utilisez du lait, vous êtes en train d’enflammer votre corps .Et ça, par exemple si vous regardez souvent la recommandation qui est faite surtout chez les personnes qui ont des douleurs articulaires, on leur demande de consommer du lait sous prétexte qu’il y a des calciums dont les personnes ayant des douleurs articulaires ont besoin . Le lait de vache est un produit trop inflammatoire qui favorise l’inflammation.

Donc, quelqu’un qui a déjà des problèmes au niveau des os et qui consomme du lait sous prétexte  que c’est riche en calcium, non seulement il est en train de tuer son calcium  du fait de l’acidité du corps humain induit par le lait mais aussi il est en train d’augmenter son inflammation. Donc, à plusieurs niveaux aujourd’hui,  ce que nous recommandons, c’est que l’humain n’est pas fait pour consommer ce lait et ce n’est pas seulement le lait en liquide et même les produits dérivés c’est à dire  les yaourts, les fromages, des produits qu’on pourrait éventuellement obtenir à partir du lait de vache.

Rien que dans la composition, on voit une différence. Maintenant sur la santé aussi, il y a énormément de choses qui font que ce n’est pas un aliment recommandé. On a constaté aujourd’hui beaucoup d’allergies chez les enfants parce qu’ils sont automatiquement soumis à l’allaitement mixte ou artificiel. En effet, tous les laits vendus pour les enfants, c’est à base du lait de vache, ce qui fait que les enfants développent de nombreuses infections respiratoires. Il y a énormément de problèmes que je pourrais développer sur la consommation du lait. Déjà par rapport à l’éthique, je ne pense pas qu’un vrai nutritionniste serait d’accord sur cette question. Maintenant il y a tellement de polémiques que parfois vous entendez des nutritionnistes qui recommandent du lait ». ­­

 

 

 

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