LA CULTURE TRADITIONNELLE DU NIÉBÉ AU SÉNÉGAL.


Les vertus nutritives du niébé sont certaines mais rares sont les gouvernements africains qui allouent des ressources à la filière. Le niébé (Vigna unguiculata [L.] Walp.) est la plus importante légumineuse à graines dans les zones de savane tropicale d’Afrique. Originaire de l’Afrique du Sud-Est, il s’est diffusé dans le monde entier. Il est un aliment de base apprécié au Sénégal car ses feuilles, gousses vertes et graines sèches peuvent être consommées et commercialisées.

Bien que négligé par les décideurs, le niébé joue un rôle non négligeable dans la sécurité alimentaire au Sénégal. Dans le système de production traditionnel, la récolte des gousses vertes des variétés locales précoces, commencent en septembre. Au Sénégal, ces gousses ou haricots verts sont d’abord bouillies entier, puis les graines cuites sont extraites des gousses pour la consommation.

La disponibilité de gousses vertes en septembre, est très importante car elles procurent de la nourriture à un moment de l’année où les greniers sont presque vides (période de soudure). La vente des gousses est aussi une opportunité pour le producteur d’obtenir des revenus monétaires.
Dans le Nord du Sénégal, la récolte des cultures vivrières traditionnelles, comme le mil, le sorgho, l’arachide, et les variétés tardives de niébé sous forme de gousses sèches ont généralement lieu entre octobre et décembre. En conséquence, si les récoltes précédentes n’ont pas été abondantes et que les greniers étaient à moitié pleins, la tendance est qu’en août et septembre, la disponibilité en produit vivrier devient rare en milieu paysan.

Depuis 1985, avec l’introduction des variétés de niébé CB5 (Bingen et al, 1988) puis Mélakh (Cissé et Al, 1997) qui sont plus précoces que les variétés locales, des quantités considérables de niébé sont consommées en vert durant les mois d’août et septembre (jusqu’à 30 % de la récolte). Dans certains cas, cela constitue la seule nourriture disponible pour les familles rurales du Nord du Sénégal pendant la période de soudure. La disponibilité de ressources financières est aussi importante pendant cette période, parce qu’elle peut être utilisée pour acheter d’autres produits de base tel que du mil ou du riz importé.

Quand une part de niébé (sur la base du poids sec) est combinée à trois parts d’une céréale, ils constituent un aliment presque complet et équilibré en éléments nutritifs. Le niébé procure l’essentiel des protéines et des vitamines telles que l’acide folique, des micro-éléments tels que le fer, le calcium, le zinc et aussi des carbohydrates. La céréale apporte la grande majorité des carbohydrates (donc l’énergie alimentaire), et aussi des protéines constituées entre autres d’aminoacides essentiels qui complémentent ceux présents dans le niébé.

Rôle des femmes

Le plus souvent, ce sont les femmes qui assurent la récolte et la vente des gousses vertes. Ce produit peut être vendu deux fois plus cher que les graines sèches. En conséquence, la vente de gousses fraîches peut être très profitable aux familles rurales des zones de culture du niébé situées le long des grands axes routiers, qui ont ainsi l’opportunité de vendre aux voyageurs. Certaines vendeuses commercialisent des graines fraîches dans des sacs en plastiques, mais ce produit ne se conserve pas aussi bien que les gousses intactes.

Les variétés améliorées précoces comme CB5 et Mélakh sont plus rentables à la production de haricots verts pendant la période de soudure que les variétés traditionnelles. Ceci, parce que les prix les plus élevés sont obtenus avec une commercialisation tôt dans la seconde décade d’août. Les haricots verts de niébé sont aujourd’hui devenus un aliment largement consommé dans certaines villes du Sénégal. En utilisant des variétés qui fleurissent à différents moments, les familles de producteurs peuvent consommer et commercialiser du niébé vert sur une durée de plusieurs semaines, pendant et après la période soudure.

Amélioration

Le niébé est une plante de régions chaudes, qui est cultivée au Sénégal depuis des siècles (Ng et Maréchal, 1985). Séne (1966) émit l’hypothèse que les variétés locales de niébé à cycle court ont été introduites du Nigeria pour la culture de décrue dans la vallée du Fleuve Sénégal, au nord du pays. Certaines variétés à cycle long auraient été introduites du Mali pour la culture associée avec le mil dans les zones plus humides du Sénégal. La dispersion dans le reste du pays aurait été effectuée par le commerce et les migrations.

La première collecte de germplasme effectuée entre 1953 et 1960 avait donné 74 accessions (Séne, 1966). Après l’élimination des redondances, ce nombre a été ramené à 61. Cependant, en 2002, le nombre d’accessions disponible au Centre de Recherches Agronomiques de Bambey atteignait 247, essentiellement obtenues par des introductions à partir d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest.

La collecte de germplasme au Sénégal a surtout concerné les zones principales de culture du niébé (régions de Louga, St Louis, Thiés et Diourbel), avec quelques autres prospections dans le Centre-Sud, l’Est et le Sud du pays. Aux conditions de Bambey (14o 42’ N, 16o 28’ W), la collection a été subdivisée en deux groupes distincts : les variétés de jours courts très sensibles à la photopériode, et les variétés insensibles à la longueur du jour pour l’initiation de la floraison

Les variétés de niébé de jours courts initient leur floraison quand la durée du jour et du crépuscule devient inférieure à 12,5 heures ; ce qui correspond au Sénégal, à la période comprise entre mi-septembre et fin mars. Avec des semis en début d’hivernage en juillet, les variétés de jours courts produisent beaucoup de fourrage mais peu de graines, puisqu’elles ne commencent à fleurir qu’en septembre.

Quand la date de semis de ces variétés est retardée jusqu’en mi-août, comme cela est pratiqué dans le cas de la culture dérobée, on évite un développement végétatif excessif et une compétition avec le mil. Une bonne production de graines de niébé peut être obtenue en début de saison sèche (novembre-décembre) avec la culture dérobée si après les pluies, les réserves d’eau sont importantes dans le sol. Le groupe de variétés de niébé insensibles à la photopériode est le plus utile dans le Sahel pour la production de gousses vertes et de graines sèches.

A part Ndout et Baye Ngagne, les variétés traditionnelles de niébé sont toutes relativement insensibles à la longueur du jour.

Comment nomme-t-on les variétés ?

Traditionnellement, les variétés ont été dénommées par les agriculteurs en fonction de la couleur ou la grosseur de leurs graines, de la taille des gousses, de leur cycle semis- maturité, ou portent le nom d’une personne (comme celui qui a introduit la variété dans le village, une importante personnalité ou une femme si la variété est hautement productive). Les variétés locales similaires à la 58-57 ont été largement cultivées dans le Nord avant 1968.

Leur aire de production s’est progressivement étendue dans le Centre-Nord durant les années 70 et 80 à cause de la sécheresse. La 58-57 est une variété locale sélectionnée par D. Séne vers la fin des années 50. Cette variété arrive à maturité 75 jours après les semis, dans des conditions optimales de culture sur station de recherches de Bambey. Elle a été la principale variété cultivée durant les années sèches (70 et 80) pour sa bonne résistance à la sécheresse. Cependant, elle n’était pas productive quand l’hivernage était raccourci.

Originellement, elle a été collectée à Podor sur les berges du Fleuve Sénégal où elle était utilisée dans le système de culture de décrue. Cette variété à port rampant, est d’usage double, en ce sens qu’elle peut produire une quantité appréciable de graines et de fanes. Cette fane constitue durant la saison sèche, un important fourrage pour le bétail. Sa graine blanche à œil marron est cependant relativement petite, ne pesant qu’environ 120 mg (Séne, 1966).

Les variétés locales utilisées dans la culture de décrue sont connues sous le nom générique de « Matam ». Elles sont généralement photosensibles et ont un port rampant. Leurs graines sont souvent de taille petite à moyenne avec un poids variant entre 100 et 180 mg l’unité. Des variétés de type 58-57 et insensibles à la photopériode sont également utilisées dans les cultures de décrue.

La variété « Mame Penda », aussi appelée « Ndiaga Aw », « Dankha », « Patate » ou « Tomate », est aujourd’hui très importante dans les régions nord et centre-nord. Elle a de grosses graines marron (210 mg l’unité) et a la primeur à la vente en toute saison. « Mame Penda » arrive à maturité 75 jours après les semis en conditions optimales. Son port rampant lui permet de produire des quantités importantes de graines et de fourrage.

La dénomination de « Tomate » provient de la couleur marron de ses graines qui permet d’économiser en concentré de tomate utilisé dans la préparation des plats à base de riz. Le nom de « Patate » est fonction de la grosseur et forme de ses graines qui ressemblent à un tubercule de patate en miniature.

La variété « Mame Fama » (Séne, 1966) est largement cultivée dans les zones nord. Ses graines de couleur blanche et œil noir sont relativement moyennes de taille (140 mg l’unité). Elle est plus précoce que les variétés précédentes et arrive à maturité 70 jours après semis en conditions optimales d’humidité.

Cette différence de cinq jours seulement, permet à cette variété d’échapper plus efficacement aux sécheresses de fin de cycle et de produire plus précocement que 58-57 et « Mame Penda » des gousses pour la consommation en vert. Cependant à cause de son cycle plus court, la production de fourrage de « Mame Fama » est significativement inférieure à celle de ces deux variétés.

Les variétés « Ndout » et « Baye Ngagne » qui sont respectivement très et modérément photosensibles, ont de grosses graines tachetées de gris et bleu sur un fond blanc (Séne, 1966). Elles ont toutes deux un poids de 100 graines d’environ 18 g, « Baye Ngagne » étant plus précoce. Avant 1968, année de début des périodes de sécheresse, ces variétés étaient cultivées en dérobée avec du mil sur de larges superficies dans la savane humide des régions de Thiès et de Diourbel.

En culture dérobée, « Ndout » et « Baye Ngagne » sont semées en mi-août dans des champs de mil. Elles peuvent produire une quantité modérée de graines en novembre-décembre, si les pluies ont été suffisantes pour permettre des réserves d’eau importantes dans le sol. La saison des pluies dans ces régions centrales prend généralement fin en octobre, et depuis 1968 les réserves d’eau du sol n’ont pas été importantes, ce qui s’est traduit par des rendements en graines très faibles avec ce système de culture. En conséquence, les superficies de « Ndout » et « Baye Ngagne » semées en culture dérobée ont considérablement diminué depuis les années 70.

 

 

 

 

 

 

 

 

IED AFRIQUE

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