C’est toute la complexité du débat arbitré samedi sur la plateforme "Entreprise agricole" par Christopher DEGBOEVI, spécialiste de l’Ingénierie  Agronomique et de la protection des végétaux.

Entreprise agricole est devenue au Togo une véritable tribune où les grandes questions agricoles sont âprement débattues entre les premiers acteurs du monde agricole qu’ils soient au Togo ou de la diaspora.  

El Hadj AMADOU Yaya, spécialiste des questions agricoles a dans une approche plus pédagogique expliqué les facteurs qui expliqueraient la consommation locale. 

"La consommation locale permet d'exprimer qui nous sommes et/ou qui nous voulons être. Elle trouve sa racine au plus profond de la société. Elle nous interpelle à travers les problèmes qu'elle soulève", a—t-il fait savoir. 

Pour lui, il faut changer de paradigme en adoptant de nouveaux modèles de pensées qui devraient normalement rejaillir sur nos comportements et impacter durablement notre mode de consommation à l’avenir. 

"Sacrifions cette génération en prenant des initiatives audacieuses pour que celle à venir soit plus libre et affranchie", insiste-t-il en substance. 

Et pourtant, consommer local revêt de nombreux avantages, rappelle Kossi Agbalenyo de l’ONG AGID Togo, Enseignant à l’université de Lomé et à l’Institut National de Formation agricole (INFA). 

Six raisons conditionnent selon lui à consommer local à savoir : on mange en saison ; on sait ce qu'on mange ; on contribue à l'économie locale ; on mange des produits de meilleur goût ; ces aliments conviennent mieux pour notre métabolisme, notre génétique et par conséquent notre santé ; ces produits sont moins chers.

Ainsi dit, Dr Worou Akobi suggère qu’il faut dès la base, faire manger dans les cantines scolaires des mets locaux aux enfants et ils prendront goût des produits locaux et interdire  l'importation en augmentant le taux de douane de tout ce que nous pouvons produire chez nous. 

"La Chine vient de le faire  en passant le taux de douane du poulet brésilien de 18% à 38%. Avec cette démarche, l'Afrique va créer plein emploi. On parle souvent de cherté des produits locaux. On peut trouver la solution en organisant mieux le système productif. C'est le secret des secrets et c'est bien faisable. Dès que ceci est fait, on transforme les produits à grande échelle et on organise la distribution. Tout en mettant des normes et suivre la traçabilité", poursuit-il. 

De son côté, Ismaël Tanko, entrepreneur agricole, a pour sa part épinglé sur le peu d’intérêt accordé par les pouvoirs publics pour la valorisation des produits locaux. 

"Pour une activité à la présidence de la République par exemple, on y voit du thé Lipton sans aucun thé local ; aucun café local ;  des produits BB au détriment des boissons locales. Si à la Présidence, on ne met pas un point d'honneur à faire en sorte que 90% des produits utilisés soit locaux, qui va le faire?", s’est-il interrogé. 

Il a suggéré entre autres qu’il y ait  un rayon spécial destiné produit locaux dans les supermarchés à l’échelle nationale, l’appui de l’Etat aux champions dans l’agrobusiness en soutenant au maximum les produits qui émergent ; la mise sur pied d’un fonds national d’investissement etc. 

Burkina-Faso : un modèle ! 

Aux pays des hommes intègres, la consommation des produits locaux est d’une importance capitale, fait savoir Julien Ouedraogo, promoteur de l’Institut Supérieur en Agro-écologie et en Management (ISAM). 

"Ce sont des produits qui s’imposent sur les marchés de consommation aussi bien dans les restaurants, les hôtels et surtout lors des cérémonies. Il y a une diversité de produits locaux (céréales, tubercules, insectes, feuilles, fruits, produits forestiers non ligneux...) et tous ces produits sont très bien appréciés au Burkina Faso", explique –t-il. 

"Le Burkinabé est une personne fière de lui-même, extravertie et n’hésite pas à marquer son appartenance identitaire, ces origines par les produits du terroir. Il s’agit entre autres des diversités des mets culinaires aux parures vestimentaires", ajoute M. Ouedraogo. 

Il a dévoilé que plusieurs institutions publiques et privées (de la Présidence du Faso aux différentes institutions ministérielles) travaillent dans la promotion des produits locaux.

"Les centres de formation professionnelle apportent également leur savoir-faire pour valoriser et moderniser les produits locaux. Ainsi nous avons des produits à base de céréales, des insectes, des sauces feuilles en conserve développées par les lycéens", souligne –t-il. 

M. Ouedraogo a même annoncé la tenue prochaine d’un événement au Faso dédié uniquement à la promotion des produits locaux. 

In fine, le Togo et d’autres pays d’Afrique peuvent partir du modèle du Burkina-Faso et trouver aussi leur chemin de sorte à redonner aux paysans leur pouvoir d’achat et à préserver la santé des populations. 

La consommation des produits importés sans aucune traçabilité représente un danger pour tout le système de santé publique dans les différents pays. 

Mieux vaut consommer local que de consommer un produit dont on ne connaît l’origine et les conditions de fabrication. Pour y arriver, les entrepreneurs locaux doivent produire plus et mieux en respectant les normes de qualité.

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