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Elevage Sénégal: Imaan, une ferme laitière au cœur de Dakar

Taille svelte, un voile sur la tête, Aïssatou Faye vient d’entrer dans la ferme Imaan, une entreprise de production laitière située à Ouest-Foire. Teint noir, la vingtaine, cette jeune dame se présente comme « une fermière ».


Le lait en poudre importé menace les fermiers locaux. Malgré cela, la laiterie tient bon en facilitant l’insertion professionnelle de certains jeunes sénégalais comme Aïssatou Faye.

Taille svelte, un voile sur la tête, Aïssatou Faye vient d’entrer dans la ferme Imaan, une entreprise de production laitière située à Ouest-Foire. Teint noir, la vingtaine, cette jeune dame se présente comme « une fermière ».  La démarche vigoureuse, elle s’arrête au milieu de la cour de l’exploitation. « Bonjour Oumar », lance-t-elle, d’une voix énergique, pour saluer un bouvier courbé, en proie à une besogne. 

Armé d’une pelle, le berger dégage des ordures et des restes d’aliments épars au sol et ne semble pas être importuné par l’odeur qui en émane. Avec sa mine grave, il se redresse et fait face à Aissatou en répondant à son tour par « un salamaleykoum » cordial. Préoccupé qu’il est à décrotter le site sali par les animaux, il ne semble pas vouloir prolonger la salutation. 

Non loin de ce théâtre de boue et de crotte, une aire de repos s’étend. Une petite chamelle allonge son cou et mastique bruyamment. Quelques moutons poussent des bêlements, pendant que deux énormes vaches sont couchées dans une étable sablonneuse, ruminant inlassablement. La toiture métallique laisse entrer des rayons d’un soleil sans chaleur.  

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Une allure empressée. Des pas vifs. Voilà la fermière qui disparaît dans le bâtiment d’en face, avant de ressortir un instant après avec deux chaises sur lesquelles nous converserons. 

A l’entour, des glaceurs superposés. Des bidons vides, des tasses neuves empilées dans des sachets, une machine à traire entre autres finissent par camper le décor de la laiterie.

Quand il s’agit des vaches, Aissatou Faye s’enthousiasme, anecdotes sur anecdotes. C’est en 2017 que tout a commencé pour elle à Saint-Louis. Avec seulement dix vaches. « Après mes études en finances aux Etats-Unis, j’ai décidé de rentrer au pays. Mon père m’a dit que je devrais me lancer dans la filière lait » explique-t-elle. 

Elle souligne que l’un des avantages du système éducatif américain, c’est la polyvalence, la culture de l’action et de l’autonomie. Lequel système permet à l’apprenant d’évoluer dans n’importe  quel domaine, « pourvu qu’il le désire », précise-t-elle. Cela semble avoir provoqué son profil actuel. La preuve ? Auparavant, elle ne maîtrisait absolument rien des bovins. Son champ de savoir se limitait seulement aux chiffres, à la comptabilité. 

Grâce aux conseils de son père, elle a vite adhéré au projet entrepreneurial  qui portera le nom Imaan. Mot arabe renvoyant à la droiture, à la loyauté. 

Déclic

Septembre 2017 fut un tournant majeur dans sa carrière de fermière. Elle se rend à Rennes pour une foire de la laiterie. « C’était magnifique. Il fallait voir les races de vache française ainsi que les machines de traite », s’exclame-t-elle, tout sourire. Une découverte des potentialités du secteur qui l’ont poussé à redoubler d’ardeur une fois au pays. 

« Je suis rentrée au Sénégal avec beaucoup d’idées. J’étais désormais prête à prendre les choses en main. J’ai compris comment je devrais procéder. Je n’avais plus besoin que les parents soient à mes côtés pour me dire fais ceci ou cela », scande-t-elle. Elle se mue en une dame de fer. Engagée à piloter elle-même tout le projet. Qu’il s’agisse des différentes constructions entamées, où de l’achat  des machines à traire. Elle est plus que jamais déterminée à veiller sur tout. 

En 2019, l’entreprise basée à Saint-Louis, connait un réel  progrès. Cela occasionne l’ouverture d’une autre ferme à Dakar. Mais le gros du troupeau se trouve dans la ville coloniale. « On commercialise le lait frais et le lait fermenté naturellement, appelé soow piir. Les particuliers viennent s’approvisionner ici », informe-t-elle avant d’ajouter : « quant aux boutiques, leur ravitaillement se fait parfois à travers ce tricycle ou ces véhicules garés qu’elle montre du doigt », dit-elle, en indiquant les moyens de locomotions.

 Même si le litre du lit est vendu à 1000 francs et que la production journalière avoisine les 300 litres, « les choses pourraient aller mieux », fait-t-elle remarquer. Selon Aïssatou, les dépenses sont nombreuses. Ce qui n’engendre pas beaucoup de bénéfices. D’autant plus que l’alimentation des animaux n’est pas chose aisée en ville où on est loin du berger peul qui se lève tôt le matin et s’enfonce dans  la brousse pour trouver de quoi nourrir son troupeau. « Nous, par contre, argumente-t-elle, on est obligé d’acheter soit des sacs de riz, soit des sacs de maïs. C’est pourquoi on ne peut pas vendre au même prix que le berger ou la bergère du village. Il faudra penser aussi aux taxes ».   

Revalorisation de la production laitière locale

Pour autant, Aissatou demeure optimiste. Car, elle estime que cette filière aura des  lendemains meilleurs si l’Etat sénégalais promeut davantage le consommer local. Pour ce faire, il faudra protéger la laiterie nationale en décourageant les importations de lait en poudre, qu’elle considère comme une menace réelle pour leur activité. « Tout est fait au Sénégal à partir du lait en poudre. Le Thiakry, le nekh soow, le lakh. Tout. Et c’est devenu un problème culturel. Les jeunes ne connaissent pas le soow piir », se désole-t-elle. 

Il est environ 17 heures et le soleil devient un peu moins ardent. Une vache pousse un long beuglement. Elle se lève et se dirige vers le bouvier qui  branche la machine à traire en attirant l’animal avec une baignoire contenant des nutriments. La bête enfouit la tête dans le sceau. Un traquenard qui l’occupera pendant toute la traite. La machine vrombit. Les trayeuses pompent du lait dans les grosses mamelles du mammifère en direction d’un tube épais. Des bouteilles sont placées à côté. Une odeur de lait frais se répand dans l’air. Aissatou se lève de son siège et inspecte le déroulement de la traite. « Le lait frais a une durée de 24 heures. Passé ce délai, on le fermente pour le mettre dans des réfrigérateurs. On a une chambre froide, où la température est réglée à 3, voire 4° », explique-t-elle, les yeux scrutateurs. 

Quelques minutes après ce spectacle, un jeune homme, portant un t-shirt, sort du bâtiment et vient conditionner le lait pour ensuite y retourner. La fermière le suit. Etape suivante : le test de mammite, pour voir si le lait recueilli est infecté ou pas. « On mélange une petite quantité de lait avec un produit. Si le liquide devient gluant, cela signifie que les mamelles de la vache sont infectées », renseigne-t-elle avant de disparaitre derrière la porte du bâtiment.

    

  

 

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