CHERTE DE LA NUTRITION ANIMALE Un casse-tête pour les éleveurs domestiques.


Un casse-tête pour les éleveurs domestiques

Le retard de la pluviométrie n’a pas affecté que les agriculteurs. Les éleveurs, notamment domestiques, ont subi de plein fouet la cherté de plusieurs composants de la ration des bêtes.  Si pour certains c’est un passage obligé qui ne change en rien aux habitudes alimentaires de leurs moutons et autres animaux domestiques, pour d’autres, c’est le moment de développer d’autres stratégies tout en sachant que les dépenses ne se limitent pas à la nourriture du bétail. 

 

L’entrain est palpable au foirail de Sicap Mbao. Sous le chaud soleil de ce milieu d’après-midi du samedi, les vendeurs de paille s’activent dans leur parcelle qui leur est dévolu. La nouvelle fane d’arachide remplace peu à peu celle de l’année dernière, d’une apparence rouillée. Des sacs de pailles d’arachide,  de grosseurs variables, attirent les automobilistes qui n’hésitent pas parfois à se garer afin de s’approvisionner.

 Un taximan vient juste d’arrêter le moteur de son véhicule devant la place de Fallou Ndiaye qui fait face à la route nationale N°1, juste sous la passerelle. Ce vendeur de foin au foirail de Sicap Mbao exerce ce métier depuis plus d’une dizaine d’années. Il s’empresse de finir d’attacher un sac de fane d’arachide avec un fil de fer et va à la rencontre du nouvel arrivant. Le taximan lui fait part de sa volonté d’acheter un grand sac pour ses moutons qu’il élève chez lui mais ne semble pas d’accord du prix que lui impose le vendeur « 5 000 francs, c’est trop cher pour un sac de paille », laisse-t-il entendre. Fallou tente de lui faire part des paramètres qui expliquent cette cherté : « vous convenez avec moi que la pluie de cette année a un peu tardé… ». Le taximan ne le laisse pas terminer sa plaidoirie et lui sort un billet de 2000 francs « pouvez-vous m’en vendre donc pour cette somme ?», ce que Fallou accepte bien en lui demandant d’amener un sac. L’acheteur retourne dans sa voiture, fouille dans la malle et revient les mains vides. En constatant que le taximan n’avait pas de sac, Fallou se rend dans une sorte de débarras situé juste derrière ses paillers et revient avec un sac assez chiffonné. Il l’étend et empoigne la fourche plantée dans le pic de fane d’arachide. Il remue à trois reprises et plonge ses mains gantée dans le fourrage. Il remplit un seau d’une moyenne contenance à trois reprises et considère le sac presque plein qu’il tend à au chauffeur de taxi qui s’en retourne dans sa voiture.

Pour Fallou Ndiaye, avec l’arrivée de la nouvelle fane d’arachide, l’ancienne qui était vendu jusqu’à 10. 000 francs, voire même plus est bradée. « Le grand sac de la fane de l’année dernière est à présent vendu entre 3 500 et 3 000 francs, confie-t-il. Mais certains préfèrent la nouvelle quoiqu’elle soit un peu plus chère, parce que c’est leur bêtes qui choisissent en fait », ironise-t-il.   

A quelques mètres des vendeurs de foin, d’autres vendeurs d’aliment de bétail se profilent sur l’axe qui mène vers l’abattoir. Tourteaux de maïs, graines de coton, maïs concassé, ou encore aliment de bétail enrichi, un large choix est dressé pour l’éleveur. Le vendeur, pour permettre à certains qui n’ont pas les moyens d’acheter tous ces produits « riches », mélange un peu de tout dans un sachet de 1 kg vendu à 300 francs, et apparemment, c’est une technique bien appréciée parce que son étal est fréquemment visité.

Des alternatives

S’il est vrai que l’élevage est dévolu à un certain groupe ethnique, notamment les peuls, au Sénégal réside une certaine particularité : tout le monde est éleveur. Mais pas n’importe quel élevage, celui du mouton est présent dans presque toutes les maisons. Pour certains c’est un moyen de se préparer à la cherté de la bête, très courante en période de Tabaski (la fête du sacrifice chez les musulmans), pour d’autres c’est par pur amour pour l’élevage. C’est le cas de ce père de famille sis à Keur Massar, dans la banlieue Dakaroise. 

Pour M. Diop, l’élevage des moutons a toujours été une passion qu’il nourrit depuis plus de 30 ans. Disposant d’un troupeau de 10 têtes, il avait des difficultés d’acheter de toujours acheter la fane d’arachide à ses moutons.  « A un moment je n’arrivais plus  à supporter les dépenses des bêtes parce que le sac de fane que j’acheter à 10. 000 francs, ne faisait même une semaine. C’était trop pour moi qui suis retraité depuis trois ans, j’ai d’autres charges », confie-t-il.  C’est ainsi que ses enfants lui ont proposé de tondre l’herbe pour varier la nourriture des moutons. « Au début j’étais sceptique, parce que je reconnais que mes moutons sont assez difficile en manière d’alimentation, et je n’avais pas tort parce qu’au début, c’était tout un problème de les faire manger l’herbe », ironise M. Diop. A l’en croire, ses moutons se limitaient de la renifler puis de bêler de plus belle. Mais ils finissaient par la manger et y ont même pris goût. Le seul hic, est qu’ils pissent beaucoup, note Saliou, un des fils du sexagénaire. « Lorsqu’ils mangent l’herbe fraiche ils pissent énormément c’est pour cela nous avons pris la décision de la sécher au soleil avant de la leur donné, et ça marche », explique avec un large sourire le jeune homme.

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