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Annoncée à l’horizon 2017 puis repoussée en 2019, l’autosuffisance en riz, un des objectifs phares du Plan Sénégal émergent (PSE) du gouvernement sénégalais peine toujours à être atteint. Avant même le PSE, l’ancien président Abdoulaye Wade avait lui aussi promis l’autosuffisance en riz.  Sans succès. Au-delà des discours officiels, nous nous sommes  intéressés aux producteurs dont la majorité s’active dans la vallée du fleuve Sénégal, principal foyer de la production rizicole. Ce premier reportage s’intéresse à la question des terres.

Quarante degrés à l’ombre en ce mois de Ramadan, la période de jeûne des musulmans. Il est quatorze heures à Colona, village situé à 17 km de Richard-Toll (commune située, à 106 km de la ville de Saint-Louis (nord). La chaleur est suffocante. De Richard Toll, les motos taxis vous déposent à Colona en moins de dix minutes. Le décor est fait de petites cases et de quelques habitations en dur. Suit un vaste espace presque désert, puis au loin de la verdure. Trouvé debout au milieu de son vaste champ, Samba Sow, agriculteur de 43 ans, vérifie le fonctionnement de la machine d’eau pour le drainage, coordonne avec les «siffleurs d’oiseaux » et donne les dernières consignes de la journée. Sur cette étendue rizicole qui s’étend sur «au moins 150 hectares», ce producteur dénonce l’insuffisance d’espaces aménagés pour la culture du riz, qui serait un obstacle «majeur» à une production massive, passage obligé vers l’autosuffisance en riz.

Le riz, pour le Sénégal constitue un aliment de base. Le pays en consomme 1.080.000 tonne par an, dont 650.000 tonnes provenant des importations et 430.000 tonnes de la production nationale, selon le Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture Sénégalaise (Pracas). En 2018, les importations du riz ont été estimées à 1,3 million de tonnes, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). C’est à cette dépendance que les autorités veulent mettre fin depuis, sans y parvenir. Pour les paysans, il s’agit d’abord d’un problème de terres et de superficies cultivables. «Les superficies n’ont pas augmenté. Nous avons les mêmes superficies depuis le temps du  président Abdoulaye Wade (2000-2012) », déplore Samba Sow, tout en montrant du doigt les limites de son champ.

En 2008, l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade avait lancé,  la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana), une initiative agricole qui visait à mettre fin à la dépendance alimentaire du Sénégal avec, entre autres objectifs, la production de 500.000 tonnes de riz paddy (riz à l’état brut, non encore décortiqué) en l’espace de six mois, à partir du mois d’octobre 2008. Mais, la Goana n’avait atteint ses objectifs. Abdoulaye Wade avait quitté le pouvoir en 2012 sans assurer aux Sénégalais l’autosuffisance en riz. Pourtant, avec ce programme, une augmentation sensible de la production avait été notée, passant de 193.000 tonnes en 2007-2008, à 604.000 tonnes durant la campagne 2010-2011, selon des chiffres de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Selon M. Sow, depuis l’arrivée au pouvoir du président Macky Sall, en 2012, les espaces aménagés n’ont connu aucune augmentation dans cette zone.

Prenant congé du village de Colona, cap sur Ross Béthio, localité située à quelques kilomètres de là, dans la commune de Dagana pour rencontrer les membres de Société nationale d’aménagement et de l’exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal et des Vallées du Fleuve Sénégal et de la Falémé (Saed). Chef de la Division d’appui à la production et à l’entreprenariat rural au sein de l’antenne locale de la Saed, Mansour Cissé, nuance les propos du cultivateur Samba Sow. Depuis le lancement du Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture Sénégalaise (Pracas), en 2014 sous le président Macky Sall, les espaces aménagés ont connu une hausse dans la Vallée du fleuve Sénégal, passant «de 37 mille ha en 2013 à 49 mille en 2018», selon M.Cissé, « soit une progression de 32% en valeur relative et 12 mille ha en valeur absolu. Cela est extrêmement important». Le Pracas est un programme qui vise à atteindre, à moyen terme, la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Pour ce faire, l’un de ses objectifs prioritaires est d’atteindre l’autosuffisance en riz avec une production annuelle de 1.600.000 tonnes de paddy. Mais, «il faudra augmenter les superficies cultivables pour atteindre l’autosuffisance en riz », concède toutefois, Mansour Cissé.

De la terre, on en redemande

Retour à Richard-Toll vers 17 heures sous un soleil devenu plus clément. A 19 km d’ici se trouve Mbagam, un autre village d’agriculteurs. Avec ses habitations modernes, Mbagam offre un visage moins rustique. Les maisons sont longées par des champs d’oignon. On y trouve un poste de santé et une école élémentaire, «construite par les habitants eux-mêmes», expliquent non sans fierté les villageois. Selon Oumar Bouya Niang, le président de l’Union de Mbagam, organisation qui regroupe les Groupements d’intérêt économique du village, il y a ici à 500 ha de terres cultivables. Mais tout comme Colona, Mbagam a soif de terres. L’augmentation des superficies cultivables constitue ici aussi une doléance. A cela s’ajoute le problème d’aménagement des terres, insiste Oumar Bouya Niang, qui souligne au passage la difficulté qu’ont les cultivateurs à accéder à leurs champs durant la saison des pluies. Un champ demande de l’aménagement avec «des pistes de productions», un «bon drainage», jusqu’à ce que ce que «le cultivateur à n’importe quel moment, en saison des pluies ou en saison sèche, puisse accéder à sa terre», souligne-t-il. Dans la Vallée du Fleuve Sénégal, il y a une pratique de la double culture. Une première période d’hivernage qui commence de juillet à novembre-décembre et une autre en saison sèche qui débute au mois de février jusqu’en juin. Avec les aménagements et la maitrise de l’eau, les producteurs ont la possibilité de faire deux campagnes de riz pour une même année, confirme Mansour Cissé.Cependant, selon Oumar Bouya Niang, la pratique de cette double culture du riz «n’existe» presque pas. Pendant la saison des pluies, il est souvent très difficile d’accéder à sa terre à tout moment, «que ce soit en voiture ou à pied». Et par conséquent, «il y a beaucoup d’agriculteurs qui ne peuvent pas faire deux cultures de riz parce qu’ils n’ont pas les moyens pour accéder à leur terre». «Si nous avons 50 mille ha en saison sèche ; en saison des pluies, on n’aura même pas 20 mille ha à cultiver», explique-t-il.

 

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