Au Gabon, le difficile retour à la terre pour sortir du tout-pétrole


Lorsque Bollah Muslim a annoncé à sa mère qu’il voulait devenir agriculteur, elle en a pleuré de honte. C’était il y a neuf mois mais aujourd’hui cet ancien technicien pétrolier cultive avec fierté une petite parcelle de terre en plein cœur de Libreville. Au Gabon, pays d’Afrique centrale où la forêt luxuriante se mêle à la savane et aux plaines côtières, l’exploitation du bois pendant la période coloniale, puis du pétrole à partir des années 70 a laissé le secteur agricole en friche.

 

Cette économie de rente a fait germer l’idée dans l’esprit de nombreux Gabonais, que « le travail de la terre était un sous-métier », affirme le maraîcher âgé de 33 ans. « Ici, les agriculteurs sont vus comme des analphabètes, un métier pour les plus démunis qui ne savent faire que ça », se désole-t-il. Bottes en caoutchouc aux pieds et binette à la main, Bollah Muslim remue avec ardeur l’une de ses planches de tomates. Il a le geste souple et assuré. Ce savoir-faire, il l’a développé au cours d’une formation mise en place par l’État, qui a ensuite facilité son installation sur une parcelle de terre. Depuis la chute des cours de l’or noir en 2014, et l’explosion du chômage qui a suivi, les autorités tentent désespérément d’inciter les Gabonais à mettre les mains dans la terre.

Sur ses 800 m2, M. Muslim fait pousser des salades, du choux, des aubergines, des gombos et du basilic. « Tout pousse », explique le jeune fermier.

Ici, le dicton populaire dit: « Jetez une graine, le lendemain vous aurez un fruit ». Le climat, chaud et humide où alternent saisons sèches et saisons des pluies, offre au Gabon un fort potentiel agricole, estiment les experts. « Tout arrive du Cameroun » . Pourtant, sur les étals des commerçantes aux alentours, les fruits et légumes soigneusement disposés viennent pour la plupart de l’étranger. Ceux du Gabon sont l’exception. « Le manioc et la banane viennent d’ici, parfois les avocats, tout le reste arrive directement du Cameroun par camion », détaille Maman Roselyne, une commerçante de Libreville qui attend les clients sur le bord de la route. La mine circonspecte, elle inspecte sur sa table ses tomates à peine mûres, elles aussi camerounaises. Dans les assiettes des Gabonais, plus de la moitié des aliments viennent de l’étranger, explique à l’AFP Huguette Biloho Essono, chargée du programme à l’agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) au Gabon. « Cette dépendance vis-à-vis de l’extérieur est très préoccupante », selon elle. « Imaginez une seconde les conséquences pour ce pays si la frontière avec le Cameroun venait à fermer », relève-t-elle.

 

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Le faible poids de l’agriculture est devenu encore plus inquiétant depuis la crise qui a poussé le gouvernement à y investir plus fortement ces dernières années.

Mais cinq ans plus tard, les progrès sont encore peu visibles, selon la plupart des professionnels interrogés par l’AFP. En cause, l’insécurité foncière, l’absence de circuit de distribution et d’infrastructures. Mais aussi, le manque de main-d’œuvre agricole formée et disponible dans ce pays où près de neuf habitants sur dix résident en ville. « Convaincre ces Gabonais urbanisés de retourner vivre dans les terres n’est pas chose simple », reconnait le ministre de l’Agriculture Biendi Maganga-Moussavou.

 

 Vacances agricole

 

« Notre ambition est d’attirer de plus en plus d’étudiants vers les formations agricoles, notamment en suscitant des vocations chez les plus jeunes », ajoute à l’AFP le ministre. Depuis son champs, Bollah Muslim, l’agriculteur tout juste reconverti, acquiesce. « Au lycée, un professeur passionné m’a transmis l’amour du travail de la terre », raconte-t-il. « Alors quand je me suis retrouvé au chômage, cela a été plus facile pour moi de me tourner vers l’agriculture ». Dans la parcelle jouxtant la sienne, des dizaines de petits Gabonais, casquette verte sur la tête et arrosoir en main, s’activent. Trois jours par semaine depuis deux mois, Hilaire Moveny, 12 ans, prend soin avec ses camarades d’un petit terrain. Il passe son été, comme environ 2.500 enfants sur tout le territoire, aux « vacances agricoles ». Un programme mis en place par le ministère de l’agriculture, avec l’appui de la FAO. Le but: « semer la graine de l’agriculture en eux ». « Je n’avais jamais planté avant », raconte Hilaire, l’écolier, très fier aujourd’hui « de savoir comment faire pousser des salades ». Lundi, il retournera à l’école, mais est bien décidé à continuer à cultiver un petit potager. Agriculteur quand il sera grand ? « Hum… je préfère militaire dans les parcs nationaux », dit-il en levant les yeux vers le ciel. Ses copains, eux, seront chanteur, pompier, avocate, journaliste et une, « professeure de l’agriculture ».

 

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