Agriculture Afrique: 4 idées pour transformer l'assurance agricole en Afrique de l'Ouest.


Plus d'un demi-milliard d'Africains dépendent de leurs petites exploitations pour leur subsistance et leurs revenus. En moyenne, l’agriculture représente 35 % du PIB en Afrique de l’Ouest et emploie 60 % de la population active. Le secteur de l'assurance agricole en Afrique est également inégalement réparti, le développement du secteur en Afrique de l'Ouest étant limité à petit nombre de pays comme le Nigéria, le Bénin, le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali et le Ghana.

Le secteur agricole continue d’évoluer dans un contexte de risques climatiques croissant avec un niveau très faible de maîtrise de l’eau, un accès aux financements difficile et un problème foncier récurrent qui constitue à son tour un obstacle au financement et à l’investissement. Les effets du changement climatique représentent un énorme défi pour les agriculteurs et pour la sécurité alimentaire en Afrique. Si le changement climatique ne peut pas être totalement contrôlé, nous pouvons atténuer les risques en favorisant des mécanismes de gestion des risques agricoles par le biais de l'assurance.

Lire aussi: Solutions innovantes et opportunités commerciales pour l'organisation des agriculteurs

Pour les petits exploitants agricoles, l'assurance agricole compense les risques associés aux fluctuations météorologiques. Cette réduction des risques rend plus probable le fait qu'un agriculteur soit éligible au crédit et investisse ainsi dans des outils et des ressources (semences, engrais, main-d'œuvre) nécessaires avant la récolte, qui pourraient augmenter les rendements de ses cultures. Mondialement, le niveau d’assurance agricole est bas, mais il existe des approches qui intègrent le regroupement de plusieurs services (conseil, infos météo, infos sur les intrants..) ajoutant de la valeur et favorisant son adoption et son renouvellement. Aujourd’hui dans le parcours client, il y a des opportunités pour transformer l’assurance agricole, mais il faut continuer d’innover et intégrer la dimension des partenariats.

Concevoir des produits répondant aux besoins réels des clients

Du point de vue des produits, les petits exploitants agricoles n'ont pas actuellement le niveau de couverture des risques ou d'adaptation des caractéristiques des produits nécessaires pour une proposition de valeur sûre. L'intégration de l'opinion des petits producteurs en amont du programme peut grandement augmenter leur participation. Dans le cas le plus fructueux des initiatives d'assurance agricole, l'assurance a été conçue pour ouvrir des débouchés particuliers aux agriculteurs qui étaient auparavant limités par des risques particuliers. Dans certains cas, l'assurance a été regroupée avec le crédit pour les intrants agricoles, ou regroupée dans le prix de vente des intrants tels que les semences ou les engrais. Ce type de regroupement formel a le potentiel d'améliorer l'utilisation des produits d'assurance et d’investir dans des intrants de qualité, en particulier dans les environnements où les agriculteurs n'ont pas de garanties pour obtenir des prêts. Souvent, les approches de regroupement ne sont pas suffisamment adaptées pour surmonter la sensibilisation, la compréhension et l'acceptation limitées de l'assurance agricole par les petits exploitants.

Cependant, il faut comprendre les besoins, les attitudes et les croyances des petits exploitants  pour adapter les produits aux spécificités de ce marché. Il est nécessaire de faire un gros travail marketing et adapter les périodes d’indemnisation pour les rendre plus souples et plus courtes.  Au Sénégal par exemple, 92% des producteurs paient leur prime directement ou par intégration d’un crédit qui couvre uniquement le montant du capital restant dû à l’institution financière. Cela ne tient pas compte des autres dettes engagées par les producteurs ni des dépenses nécessaires pour faire face aux besoins primaires et au démarrage d’une activité de contre-saison ou d’une nouvelle campagne. De ce fait les indemnisations versées par la compagnie d’assurance sont reçues directement par l’institution financière qui rembourse le crédit en cours. Ce système ne permet pas aux producteurs de comprendre comment marche le produit car le plus souvent il ne perçoit rien de l’indemnisation payée. De plus, le calendrier cultural n’est souvent pas respecté par les institutions financières qui ne débloquent les crédits et donc l’assurance agricole que tardivement. 

Une des premières pistes identifiées est de faciliter les paiements dans les deux sens (souscription et indemnisation) pour que ce soit facile, accessible, opportun et adapté aux comportements des petits producteurs. Aujourd’hui le paiement des indemnisations est fait par chèque, ce qui n’est pas du tout adapté aux besoins des petits producteurs. La mise en place d’une plate-forme de paiement digitale et/ou de partenariat avec les opérateurs de téléphonie mobile, pourrait grandement faciliter le paiement des primes (via crédit air time ou prélèvement automatique sur le portefeuille électronique) et la réception des indemnisations par le producteur. 

Vente et Distribution

La mise à l'échelle dépend de la participation bien informée de tous les groupes. Il est particulièrement crucial pour les clients des agriculteurs et pour les fournisseurs de services locaux de comprendre ce que l'assurance indexée couvre et ce qu'elle ne couvre pas, ainsi que les répercussions du risque de base. Ceci nécessite un grand investissement dans la capacité d'intervenants locaux : 

  •   Structurer les chaînes de valeur agricoles de manière responsable pour que les entreprises d’agro-business, agro-alimentaire, import-export qui achètent la production assurent le rendement des petits producteurs. Ces derniers ont une capacité de négociation importante avec les compagnies d’assurance vu le volume de leur chiffre d’affaire et ont tout à gagner à fidéliser leurs fournisseurs de matière première, et à assurer un niveau de production constant.  
  •    Harmoniser les produits d'assurance avec les services de soutien aux petits exploitants afin de réduire les risques et d'augmenter la probabilité d'une participation à l'assurance.
  •        Nouer des partenariats avec des acteurs comme les Agri-Tech qui offrent des solutions couvrant tous les maillons de la chaîne de valeur agricole en utilisant les progrès technologiques au service d'une agriculture durable et rentable, en mettant en place des systèmes de géolocalisation, surveillance et analyse plus performants et moins coûteux.
  •        Faciliter la souscription en mettant en place des réseaux d’agents communautaires qui ont la confiance des associations, coopératives, petits producteurs et qui peuvent à la fois les sensibiliser sur les bonnes pratiques culturales, le fonctionnement de l’assurance agricole, les services financiers disponibles, l’accès au marché. La mise en place d’une plate-forme de paiement digitale et/ou de partenariat avec les opérateurs de téléphonie mobile pourra également permettre d’enregistrer les souscriptions à distance avec un système d’identification sécurisé.

Subventions dans la phase de lancement

Les pays développés indiquent fortement que les gouvernements sont les acteurs les plus importants dans la formation d'un marché national de l'assurance agricole. 
Selon les recherches de l'ISF Advisors, les seules solutions ayant une échelle significative dans les pays à revenu faible et intermédiaire, y compris la Chine (160 millions d'assurés), l'Inde (40 millions assurés) et le programme IBLI du Kenya (20 000 euros assurés) — ont des subventions de primes de plus de 50 %.

Pour que le secteur atteigne une échelle, il faut combiner une approche globale de la stratégie, des politiques, de la réglementation et du développement de l'infrastructure de soutien avec des subventions gouvernementales pour que l'assurance agricole soit viable et abordable, en particulier dans la phase de lancement.  Les subventions peuvent également contribuer à accroître la demande. L’Etat sénégalais cherche à améliorer les performances des filières agricoles et les revenus des producteurs en subventionnant entre autres l’assurance agricole à hauteur de 50%.  La croissance de l’assurance agricole a été fulgurante ces trois dernières années. La CNAAS en tant que chef de file détient un portefeuille d’assuré qui est passé de 40 000 producteurs en 2016 à 193 000 producteurs en 2018 soit une croissance de 127% en moyenne par an et cela du essentiellement à l’assurance indicielle qui représente aujourd’hui 88% des assurances agricoles souscrites

Un soutien financier est nécessaire principalement sous forme de subventions aux primes, mais il peut aussi inclure la réassurance, ou assister la mise en place de l’infrastructure (stations météorologiques, satellites, traitement des données et expertise en analyse) permettant la disponibilité des données essentielles au fonctionnement des régimes d'assurance indiciels.  Avec une proposition de valeur claire et une collecte de données progressive, plus de cultures pourront être couvertes afin que le modèle puisse évoluer sans subventions.

Réclamations

En cas de sinistre, l’indemnisation est payée à la fin de la campagne alors que le besoin des petits producteurs serait de toucher les indemnisations justes après le sinistre. Dans le cas du Sénégal, les indemnisations sont payées entre le mois de Novembre et le mois de Février, soit entre 1 mois et 4 mois après la fin de la campagne, et ce particulièrement pour l’assurance indicielle basée sur les pluviomètres. Les données climatiques sont disponibles pour le faire mais les processus actuels ne sont pas adaptés à une gestion souple des sinistres et indemnisations.  En effet, les données relevées à partir des pluviomètres sont transmises à l’ANACIM qui peut seul certifier la validité de ces données et prend beaucoup de temps pour traiter et transmettre les informations.

L'analyse des données est un élément crucial de la conception, de la tarification et de l'administration des sinistres de tout produit d'assurance. L’assemblage d'ensembles de données intégrés qui peuvent prendre en charge des analyses de données plus sophistiquées est un domaine technique qui peut grandement faciliter le profilage des risques, la tarification et la réduction du risque de base grâce au processus de réclamations.

Il est important de noter les efforts des différents acteurs (projets agricoles, institutions financières, broker, compagnie d’assurance, Etat) pour améliorer la condition des petits producteurs. Aujourd’hui environ 20% des producteurs sont couverts par une assurance agricole au Sénégal et cela montre déjà une avancée considérable même s’il reste encore beaucoup à faire. D'autres innovations sont nécessaires pour concevoir des produits indexés qui améliorent le bien-être des agriculteurs. L'innovation en matière de produits et de procédés repose sur un fort besoin d'innovation technologique afin de réduire la complexité et les coûts.  Les marchés de l'assurance, bien qu'important, ne sont qu'une partie d'un ensemble d'outils de gestion des risques; et il est important que les innovations soient conçues pour compléter et soutenir les filets de sécurité gérés par le gouvernement qui protègent les ménages les plus pauvres, les instruments financiers qui facilitent l'épargne et l'emprunt pour les ménages pauvres, et les réseaux informels d'assistance.

 

Commentaires : 0

Laisser un commentaire

Telecharger gratuitement

En vedette

Accompagnement